En quoi la Fondation Cartier pour l’art contemporain illustre-t-elle la vocation internationale du mécénat français?

 

« Qu’est-ce que le mécénat d’entreprise ? » Il est important de noter, que le mécénat est une notion qui remonte à l’Antiquité. Le terme de « mécénat » vient de l’époque d’Auguste, en la personne de Caius Cilnius Maecenas

(69 av. J.-C. – 8 av. J.-C.).

Par la suite, au XVIe siècle sous Catherine de Médicis (1519-1589), en France, on a vu se développer le mécénat via la protection d’hommes de lettres tels que le poète Ronsard ou encore le philosophe Montaigne. En parallèle s’est développée la mode du portraitiste de cour. Ce fut le cas du Titien (1488-1576) sous le règne de l’empereur Charles Quint ou encore Velasquez (1599-1660) à la cour de Madrid sous le règne de Philippe IV. Enfin sous Louis le Quatorzième (1638-1715) à Versailles, le soutien aux artistes se fait par le financement de différents arts, le roi en étant lui-même féru. La musique de Lully est ainsi mise à l’honneur, notamment au début du règne.

« A quelles règles répond le mécénat d’entreprise français à l’époque contemporaine ? » Son texte fondateur est l’arrêté du 6 janvier 1989. Il s’agit d’un soutien matériel apporté sans contrepartie directe, de la part du bénéficiaire, à une œuvre ou à une personne pour l’exercice d’activités présentant un intérêt général. Il n’exclut pas une contrepartie, même matérielle de manière indirecte.

Il se distingue du sponsoring ou du parrainage de part la nature des actions soutenues et par le fait même qu’il n’y a normalement pas de contrepartie contractuelle publicitaire au soutien du mécène.

Si le sponsoring est considéré comme un investissement publicitaire, le mécénat relève du régime spécifique des dons ou libéralités, fiscalement déductibles, dans certaines limites, dans le cadre des dispositions de l’article 238 bis du Code général des impôts.

Il n’existe pas de définition légale du mécénat et du parrainage. On se réfère donc à cet arrêté relatif à la terminologie économique et financière.

Le mécénat est : d’une part, un moyen de communication de l’entreprise, qui apporte son soutien à une personne ou à une organisation sans qu’il ne soit prévu de contrepartie promotionnelle. D’autre part, la contribution de l’entreprise doit être considérée comme un don, elle doit donc paraître désintéressée. C’est pourquoi toute référence à l’entreprise doit être discrète.

Un élément de sa stratégie : l’entreprise réfléchit à son identité (son histoire, sa structure géographique, ses produits, son marché, ses clients, ses salariés) pour déterminer ses axes de communication.

Le mécénat permet à l’entreprise d’enrichir son image par son association à des causes d’intérêt général et gratifiantes.

Ainsi, le mécénat est un véritable partenariat qui permet à l’entreprise et à son partenaire de s’enrichir l’un et l’autre de leurs différences mutuelles. En revanche, l’entreprise qui a recours au parrainage recherche des retombées commerciales à court terme.

Dans une opération de mécénat, l’entreprise ne peut espérer qu’une valorisation sociale et des effets d’image à moyen ou long terme. Elle souhaite alors se forger une image d’entreprise bienfaitrice, enrichir ou améliorer son image actuelle grâce à ses actions dans tel ou tel domaine.

Cette distinction est très importante, non seulement au niveau de la stratégie de communication, mais aussi au niveau fiscal, car ces deux moyens de communication ne sont pas traités de la même manière.

Notons enfin pour terminer qu’il y a eu toute une évolution de la législation en faveur du mécénat et ceci par une série de six lois. Tout d’abord la loi du 23 Juillet 1987 concerne le développement du mécénat, elle constitue ainsi le premier cadre juridique et fiscal qui régit la fondation d’utilité publique. Puis, la loi du 4 juillet 1990 réglemente la création des fondations d’entreprise. La loi du 26 juillet 2000 sur l’instruction fiscale précise la distinction entre mécénat et parrainage. Ensuite, la loi du 4 janvier 2002 porte sur les Musées de France. La création de ce label est donc une reconnaissance officielle du patrimoine des différentes fondations. Après, la loi du 1er août 2003 est relative au mécénat, aux associations et aux fondations. Elle améliore le régime fiscal du mécénat et le statut des fondations et reconnaît le rôle essentiel de la société civile et du mécénat culturel. Enfin la loi du 4 août 2008, crée le fond de dotation pour développer les financements privés en faveur de missions et d’organismes d’intérêt général. Cette dernière loi apporte de la souplesse.

Prenons pour illustrer notre propos, le mécénat d’entreprise de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. « Demandons-nous de quelle manière cette Fondation est emblématique du mécénat français ? »

Elle a été créée en 1984, par Alain Dominique Perrin, président de la société Cartier International de 1975 à 1998.

A l’origine la Fondation Cartier était située à Jouy-en Josas dans le domaine du Montcel, de 1984 à 1993. Les locaux de la Fondation furent ensuite transportés boulevard Raspail, dans le XIVe arrondissement de Paris. Où en 1986, le centre culturel American Center, qui occupait jusqu’ alors ces locaux fut déménagé dans le quartier de Bercy. La construction d’un nouvel établissement fut confiée à l’architecte français Jean Nouvel. L’inauguration eut lieu en 1994.

La superficie du bâtiment est de 1 200 m2 répartis en six niveaux dont trois d’exposition. Concernant l’esthétique globale de l’édifice, une place primordiale est donnée à la transparence et à la réflexion des volumes et parois. Le jardin a été imaginé par Lothar Baumgarten, un artiste allemand. Intitulé Theatrum Botanicum, ce projet artistique regroupe 35 espèces différentes d’arbres parmi lesquels nous comptons le cèdre du Liban planté par l’écrivain français Chateaubriand en 1825. L’arbre est visible depuis la rue derrière la façade de verre et 200 espèces de plantes évoluent au fil des saisons.

La collection de la Fondation occupe une place singulière dans le monde de l’art, elle fait preuve d’ouverture à la création, via des choix à la fois éclectiques et toujours précis. La transparence du bâtiment imaginé par Jean Nouvel est à l’image du mode de penser la programmation, qui s’ouvre vers le monde. La collection est emblématique de la Fondation, de son style et cette manière enfin dont une institution privée s’implique dans la création de son époque. Elle se donne les moyens d’une stratégie à long terme, d’un engagement pérenne, faute de quoi rien de juste n’est possible avec les artistes.

Cette forme de mécénat culturel se fait en nature. Contre l’exposition de leurs œuvres, qu’ils exposent au sein de la Fondation, les artistes sont financés par Cartier International.

La Fondation Cartier promeut la création contemporaine internationale, ainsi le catalogue regroupe des artistes de toutes nationalités et tous horizons. Ainsi la Fondation a financé l’artiste Huang Yong Ping, ce Chinois né en 1954 à Xiamen, vivant aujourd’hui à Paris. « Dans une volonté de délivrer son art de toute subjectivité, Huang Yong Ping utilise, dès les années 80, des objets trouvés, pour ensuite faire appel à des méthodes anciennes de divination chinoise, afin de déterminer les différents éléments de ses œuvres. Inspirée par la pensée traditionnelle chinoise et en même temps souvent tournée vers l’actualité, son œuvre souligne l’importance des intéractions, des influences réciproques entre les cultures. »1

L’œuvre du Japonais Tatsuo Miyajima, « associe quant à lui la technologie moderne et la notion universelle du passage du temps. Son œuvre emprunte ses matériaux aux signaux lumineux électroniques qui ponctuent notre environnement urbain. Après s’être livré, au début des années 80, à un ensemble de performances dans les rues de Tokyo, il utilise à partir de 1988, des compteurs digitaux qui égrènent dans l’obscurité, en un paysage mathématique, les chiffres de 1 à 9. »2

L’entreprise ne distribue pas que des biens. Elle peut par ses actes transformer la société, créer de la culture, influencer la diffusion des connaissances. Sa mission est d’encourager l’art contemporain. C’est un lieu de liberté, d’épanouissement de la richesse de chacun, « un lieu où l’on gagne en humanité, où les artistes peuvent développer leur potentiel créatif » selon l’expression de son fondateur, Jean Dominique Perrin.

 

 Elisa Jouet, 2012

 


1  Extraits (formulés en italique) du Catalogue de la Collection de la Fondation Cartier pour l’art contemporain, Actes Sud, Fondation Cartier pour l’art contemporain, Nantes, Février 1998.

2  Cf. note 1

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