Michael Meylac. Behind the Scenes at the Ballets Russes: Stories from a Silver Age

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Michael Meylac. Behind the Scenes at the Ballets Russes: Stories from a Silver Age, entretien avec Michael Meylac, Transversalles, janvier 2017

 

En 2017 sortira la traduction anglaise de l’ouvrage de Michael Meylac « Эвтерпа, ты? » Est-ce toi, Euterpe? », intitulée « Behind the Scenes at the Ballets Russes: Stories from a Silver Age » (I.B. Tauris, London). Pendant ses nombreux voyages, le philologue et écrivain d’origine russe, actuellement professeur émérite à l’Université de Strasbourg, a interviewé des danseurs et des contemporains des Ballets Russes. Fondés en 1907 à l’Opéra de Monte-Carlo par Serge Diaghilev, et repris après sa mort en 1932, Les Ballets Russes tournèrent partout dans le monde ayant un impact considérable sur l’histoire mondiale de la danse. L’auteur dresse ici un témoignage de cette époque.

 

– Dans votre livre, le lecteur rencontre plusieurs personnages – non seulement des chorégraphes émigrés russes, mais aussi des chorégraphes étrangers. Comment un tel projet est né?

Le projet est né tout seul. En effet, durant mes nombreux voyages à l’étranger, je cherchais, par curiosité, des anciens danseurs émigrés… et pas seulement des danseurs! Le deuxième volume du livre est consacré à la musique et à la peinture.

J’ai rencontré beaucoup de danseurs de l’ancienne génération qui avaient fait partie des Ballets Russes, à différentes périodes. Ce travail a commencé il y a 20 ans. D’abord avec de simples conversations dont certaines ont été publiées dans « La Pensée Russe ». Puis, plus je faisais des entretiens, plus je prenais conscience de l’importance de poursuivre cette démarche.

 

– La version originale russe connue sous le titre «Эвтерпа, ты(« Est-ce toi, Euterpe?») présente un volume de 800 pages avec des figures importantes de la danse moderne. Dans la traduction de l’ouvrage, plus réduite, quels entretiens avez-vous privilégiés ?

La version anglaise est en effet beaucoup plus réduite, car en Angleterre on ne publie pas tous les jours des ouvrages d’un tel format. Elle est dédiée aux Ballets Russes. J’ai enlevé les entretiens avec les danseurs occidentaux et russes contemporains, à l’exception de Lucinda Childs qui est une élève de Mia Slavenska, et de John Neumeier qui, en plus d’être un grand chorégraphe, a une magnifique collection de Nijinski.

 

– Vous avez accumulé des souvenirs très variés de personnages phares des Ballets russes. Par exemple, les tendres souvenirs de Tamara Zheva et d’Aleksandra Danilova à propos de Serge Diaghilev, et l’opinion brutale de George Balanchine, chorégraphe des Ballets Russes, sur l’importance de l’apparence pour l’impresario. Quelle image vous êtes-vous faite de Serge Diaghilev et de ses chorégraphes?

En effet, Balanchine n’appréciait pas trop Diaghilev. Ils étaient très différents d’esprit –Balanchine n’était pas très sociable. Mais Serge Diaghilev était un personnage unique avec une sensibilité fantastique pour toutes les nouveautés dans l’art, et en même temps quelqu’un qui connaissait et appréciait la tradition. Il savait réunir des artistes remarquables autour de lui. Surmontant des difficultés financières et logistiques, Diaghilev a réussi à garder son ballet de 1907 à 1929. A contrario, il reste peu de souvenirs de Nijinski – il a arrêté de danser très tôt à cause de sa maladie mentale.

 

– Vous appelez l’héritage de l’école russe des « îlots », quels « îlots » connaissez-vous? Considérez-vous que le ballet mondial ait hérité de l’école russe?

Évidemment! Pendant les tournées des Ballets Russes et des Ballets de Monte-Carlo, les danseurs déménageaient dans différents pays et y organisaient leurs propres écoles, dont les plus importantes se trouvent jusqu’à présent en Australie et au Brésil. La première guerre mondiale en est responsable également – elle ne permettait pas aux danseurs de revenir en Europe. Mais à partir des années 20, beaucoup de professeurs russes ont enseigné dans les écoles de ballet aux États-Unis, en Angleterre, en France. La jeune génération des Ballets Russes et de Monte-Carlo avait été déjà élevée à Paris. C’étaient les enfants des émigrés qui prenaient des cours chez les anciennes ballerines du Théâtre Mariinsky et du Bolchoï.

 

– Les danseurs russes ont contribué au développement de la culture chorégraphique à l’Ouest, mais qu’est-ce qui se passait en même temps en Union Soviétique? Et qu’en est-il de la Russie aujourd’hui?

En Union Soviétique l’école classique était toujours de mise. Il y a une tradition classique très forte en Russie à ce jour. La danse contemporaine, au contraire, est très mal développée. Néanmoins, il y a un chorégraphe remarquable qui travaille plutôt à Kiev – Radu Poklitaru. À Novosibirsk il y a Samodurov, un chorégraphe très intéressant. La danse contemporaine s’éveille en Russie plus lentement qu’en Occident où s’observe un phénomène contraire – il existe trop d’écoles de danse contemporaine. Il faut admettre que la danse contemporaine en France ces dernières années pose des problèmes.

 

– Quel critère définirait pour vous une danse contemporaine «rigoureuse»?

Le ballet contemporain doit se baser tout d’abord sur la technique classique. Les chorégraphes Maurice Béjart, William Forsythe et Jiri Kylian en sont des exemples. J’apprécie le professionnalisme dans tous les domaines. Les expérimentations contemporaines me paraissent relever de pratiques d’amateurs. Chaque art a son propre langage, la danse aussi. Il est possible que la danse contemporaine dépasse les limites de la technique classique, mais cela ne relèverait plus du ballet.

 

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